DISPENSATION DES MEDICAMENTS
DISPENSATION DES MÉDICAMENTS
Une définition de l’acte de dispensation est donnée par le Code de déontologie des pharmaciens français« Le pharmacien doit assurer, dans son intégralité, l’acte de dispensation du médicament, associant à sa délivrance :
· l’analyse pharmaceutique de l’ordonnance médicale si elle existe ;
· la préparation éventuelle des doses à administrer ;
· la mise à disposition des informations et les conseils nécessaires au bon usage des médicaments. Il a un devoir particulier de conseil lorsqu’il est amené à délivrer un médicament qui ne requiert pas une prescription médicale. Il doit, par des conseils appropriés et dans le domaine de ses compétences, participé au soutien apporté au patient ».
Dans tous les cas on commence par l’accueil du patient ; chaque patient entrant dans l’officine doit être accueilli, dans un délai le plus court possible, avec un sourire, un regard et une gestuelle adaptée, par un personnel de l’officine. On évite les gestes fermés comme les bras croisés, les mains dans les poches, un regard fuyant ou rivé sur l’ordinateur ainsi qu’un visage fermé. Chaque employé de l’équipe porte une blouse. La prise de contact avec le patient doit être chaleureuse et agréable. Elle peut être initiée par une phrase d’accueil comme «Bonjour» pouvant être personnalisée avec le nom du patient, ce qui est souvent apprécié.
Le pharmacien s’engage alors dans un échange constructif avec le patient, en posant, dans un premier temps, une question simple et ouverte sur le motif de sa venue. Le ton et le volume de la voix doivent être adaptés au patient (le volume sonore et l’articulation doivent être appropriés chez un patient âgé malentendant, une patiente souffrant d’incontinence...).
I. Dispensation sur présentation d’une prescription médicale
La dispensation est un acte complexe qui se déroule en plusieurs étapes :
- L’accueil du patient
- Analyse pharmaceutique de la prescription
Ici l’ordonnance fait l’objet d’une expertise pharmaceutique, mission essentielle du pharmacien, pour garantir la sécurité de l’acte de dispensation. Cette analyse, étroitement liée à la qualité de la prescription, s’effectue d’un point de vue réglementaire et pharmaco-thérapeutique. Le pharmacien distingue, très souvent, la primo dispensation à un patient, d’un renouvellement classique. Seulement, la reconduction du traitement ne le dispense pas de l’analyse pharmaceutique, ainsi que de l’actualisation des données relatives au patient (évolution de la pathologie, des données biologiques et cliniques...) et des conseils associés.
1. L’analyse réglementaire
Le pharmacien doit s’assurer de la conformité réglementaire de l’ordonnance pour l’honorer. La prescription doit donc comporter :
- L’identification du prescripteur : le nom, la qualification et l’adresse ;
- L’identification du patient: le nom et prénom, l’âge et le poids, le sexe
- La dénomination du ou des médicaments, le dosage, la posologie et le mode d’emploi (la voie d’administration)
- La durée de traitement, ou le nombre d’unités de conditionnement ou le nombre de renouvellements de la prescription
- La date à laquelle l’ordonnance est rédigée et la signature du prescripteur
Le pharmacien doit également vérifier l’authenticité de l’ordonnance et l’habilitation du prescripteur lorsque celui-ci est limité dans son droit de prescription.
Dans un premier temps, le pharmacien doit comprendre les objectifs thérapeutiques globaux de l’ordonnance et plus particulièrement pour chaque médicament, en fonction du contexte physiopathologique du patient.
Dans un deuxième temps, le pharmacien doit vérifier :
- l’absence de contre-indications des médicaments prescrits avec l’état physiopathologique du patient.
- l’absence des interactions médicamenteuses (IM). Le pharmacien doit tenir compte, à l’aide des données personnelles du patient, de ses antécédents, de l’ensemble des médicaments pris, qu’ils soient prescrits par un médecin généraliste/spécialiste ou non prescrits (automédication).
Les interactions médicamenteuses sont définies par la modification clinique ou biologique des effets attendus par un médicament lors de la coprescription d’un autre médicament. Les interactions médicamenteuses résultent également, dans certains cas, d’une association entre un médicament et un aliment ou une consommation d’alcool ou de tabac. Le pharmacien doit rester vigilant à ce type d’interactions en dispensant des informations et conseils appropriés sur l’alimentation et l’hygiène de vie. Même si la majorité des IM ont des conséquences minimes, elles se révèlent, dans certains cas, sources d’effets indésirables ou d’inefficacité du traitement.
La détection et l’analyse de la nature des interactions médicamenteuses reposent essentiellement sur les connaissances pharmaceutiques du pharmacien. Lorsque celles-ci sont de type contre-indiquées ou déconseillées, le pharmacien doit intervenir auprès du prescripteur et lui soumettre une opinion pharmaceutique.
- la cohérence et la pertinence de la prescription. Le pharmacien doit veiller à l’absence de redondances (médicaments prescrits de la même famille thérapeutique), à la pertinence du choix des médicaments ainsi qu’à la stratégie thérapeutique adoptée, et enfin au respect des indications des médicaments.
- l’adaptation des posologies et de la durée de traitement. Les posologies et la durée de traitement doivent tenir compte de différents facteurs: de l’âge et le poids du patient, l’indication du médicament…etc.
- le choix des médicaments prescrits. Le pharmacien doit vérifier que le prescripteur, lors de son choix thérapeutique, a pris en compte, dans la mesure du possible : du profil du patient (âge, poids, sexe, allergies, intolérances, contexte clinique et biologique, examens complémentaires...), de la forme galénique du médicament.
- le statut particulier de certains médicaments (Réserve hospitalière, à prescription hospitalière, à prescription initiale hospitalière, à prescription réservée à certains spécialistes ou nécessitant une surveillance particulière pendant le traitement)
- la disponibilité, l’approvisionnement et le prix des médicaments.
Après une analyse concluante de la prescription, le pharmacien valide l’ordonnance. Il peut alors délivrer les médicaments prescrits, en toute sécurité, tout en veillant à la substitution des princeps par le générique (sauf mention expresse manuscrite du prescripteur «non substituable»), en restant vigilant à délivrer le même médicament générique lors du renouvellement. En cas de changement de marque de génériques ou de substitution, le pharmacien doit mentionner sur l’ordonnance l’équivalence princeps/générique afin d’éviter les confusions, et prévenir le patient du changement, en veillant à la bonne observance du traitement (à l’aide de questions posées au patient et de son historique médicamenteux). Si besoin, un plan de prise peut être rédigé et en particulier chez le sujet âgé polymédiqué, souvent perdu parmi ses nombreux médicaments, en expliquant l'ordonnance, en rappelant et inscrivant de façon lisible les posologies des médicaments sur leurs conditionnements extérieurs, et en particulier en cas de changements (nouveaux médicaments, substitution princeps/générique...etc.).
Le pharmacien a une obligation de conseils, même si la dispensation des médicaments requiert une ordonnance. La validation de l’analyse pharmaceutique de la prescription conduit le pharmacien à dispenser des informations et conseils appropriés en :
- Expliquant au patient, le rôle et les effets des médicaments sur leurs pathologies, l’intérêt de leurs prescriptions, mais également le mode de prise pour chaque médicament. L'explication de l'ordonnance peut s'appuyer sur l'élaboration d'un plan de prise.
- Prévenant de la survenue de certains effets indésirables médicamenteux, sans toutefois l’inquiéter, et en expliquant la bonne conduite à tenir (ex: Hémorragies sous AVK)
- Émettant des conseils sur le bon usage des médicaments, les conditions de conservation, les modalités de préparations, les précautions d’emploi et mises en garde (éviter exposition au soleil), la nécessité d'un contrôle biologique ainsi que des conseils sur les règles hygiéno-diététiques (limiter les apports salés) et la qualité de vie du patient.
- Eduquant le patient pour améliorer la connaissance de sa pathologie et la compréhension de son traitement. Il peut proposer au patient un entretien pharmaceutique.
Toutes informations ou conseils doivent s’adapter au patient, non familier au langage médical (utilisation de mots simples, rédaction d'un plan de prise précis...). Dans tous les cas, il est indispensable de s'assurer que les informations soient bien acquises.
Après toute dispensation, le personnel apposait sur l’ordonnance :
- Le cachet de l’officine ;
- Le numéro d’enregistrement
- Les quantités délivrées
Les numéros d’enregistrement sont ceux de l’ordonnancier, qui est un registre sur lequel est portée toute délivrance de préparation officinale ou magistrale listée ou non et toutes les spécialités listées ; l’inscription sur ce registre est obligatoire. Cette inscription doit comporter : le nom et l’adresse du prescripteur, le nom et l’adresse du malade, la date de délivrance, la dénomination ou la formule du médicament ou de la préparation et enfin les quantités délivrées.
II. Dispensation sur conseil
L’accueil du patient
- Conseil
Le pharmacien a une obligation renforcée de conseil lorsque la dispensation du médicament ne requiert pas d’ordonnance médicale.
Il élabore son conseil en fonction des informations que lui aura données le patient à la suite d’un questionnement, interprète les plaintes exprimées par le patient, ne se contente pas de délivrer un traitement symptomatique, mais être capable de détecter si des symptômes en apparence bénins ne sont pas liés à une maladie plus grave.
Il prend en considération les éléments pouvant déterminer l’observance du traitement (mode de vie par exemple) ; il conseille le patient sur le bon usage des médicaments, souligne les précautions d’emploi et alerte sur les mises en garde ; il attire l’attention du patient sur la possibilité d’effets indésirables dont l’ignorance pourrait conduire à une rupture d’observance ou un refus de traitement.
Il s’assure du caractère pratique et intelligible des conseils donnés, selon notamment les facultés intellectuelles ou capacités linguistiques du patient ; Il s’assure de la pertinence des conseils donnés au patient, si ces conseils sont donnés par le personnel ;dans le respect de la réglementation, il montre au patient comment reconstituer voire administrer un médicament, dans une finalité exclusive de bon usage ; dispense avec empathie tout conseil et information permettant d’améliorer la qualité de vie du patient ; incite le patient à signaler au médecin ou au pharmacien tout effet indésirable pouvant être lié à la prise d’un médicament quel qu’il soit (de prescription médicale ou de médication officinale, princeps ou générique).
Il est à noter que le conseil ne se termine pas toujours par la délivrance d’un médicament car en évaluant les limites de ses informations et la symptomatologie nous orientons utilement le patient vers la consultation médicale pour une meilleure prise en charge.
Après la validation de l’ordonnance on entre le nom des médicaments figurant sur l’ordonnance ou sur conseil dans la machine en vérifiant s’il y’en a encore tout en cochant ou pas sur l’ordonnance, puis on donne le prix au patient qui peut selon ses moyens diminuer ou pas le nombre de médicaments voulus. Puis on envoie un ticket à la caisse enregistreuse ou les frais d’achats sont réglés soit en espèces, à crédit ou par compte. On se rassure aussi que le prix écrit sur chaque médicament est le même que celui qui figure dans la machine. Parfois sur demande du patient on fait des factures qui est l’aboutissement ou la conclusion d’un acte de délivrance du médicament ; elle comporte la désignation, la quantité, le prix du médicament, le nom du malade, le cachet et la signature du pharmacien. La facturation se fait manuellement ou à partir d'un ordinateur. Ces factures servent à justifier les remboursements par les compagnies d’assurance.
En conclusion, la dispensation des médicaments est un acte intellectuel complexe qui se situe au cœur de l'exercice officinal du pharmacien. Cet acte pharmaceutique prend essentiellement appuie sur les connaissances pharmaceutiques du dispensateur, qui doivent être constamment réactualisées. Le pharmacien garantit non seulement la sécurité de l'acte de dispensation des médicaments au patient, mais également la sécurité de l'acte de prescription, par l'analyse et la validation de l'ordonnance.
Cette validation de la prescription ne doit pas être centrée uniquement sur les médicaments mais sur le patient dans sa globalité. Elle ne peut se faire sans l'aide du patient. Son comportement face aux médicaments, ses connaissances, ses représentations et sa gestion du traitement, son mode de vie, ses motivations ou ses difficultés, ses attentes ou ses besoins, son état physiopathologique sans oublier son historique médicamenteux et ses données biologiques sont des informations indispensables pour l'analyse pharmaceutique. Le pharmacien d'officine doit alors construire un véritable dialogue avec le patient et son entourage et échanger aussi souvent que nécessaire avec le prescripteur.
Remarque :
Nous sommes également confrontés à l’automédication c'est-à-dire que le patient par sa propre initiative s’inflige un traitement médicamenteux sans prescription médicale, favorisée par l’utilisation d’ancienne ordonnance, ou par la présence de médicament déjà acquis. Nous ne dispensions le médicament que s’il appartenait à la liste des produits de manipulation courante ; dans le cas contraire la dispensation du médicament était refusée au patient en lui demandant d’aller voir un médecin.
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